Quel est l’endroit le plus incroyable où tu as skié ? lui demande-je. Il réfléchit quelques secondes. « La Norvège, les Alpes italiennes, les françaises… Mais comme chez moi, nulle part », assure-t-il. « C’est là où j’ai le plus envie d’aller. » Il lâche cette phrase et reste tout tranquille. Le mieux, c’est que je ne crois pas qu’il le dise pour faire bonne impression, et rien que pour ça, il mérite un article sur le blog de Salssa. Oui, monsieur. Avec vous : Marc Ràdua.
Tout a commencé à quatre ans, avec le ski alpin. À quinze ou seize ans, il est passé au ski de montagne, un sport « très gratifiant à entraîner » parce que « il pousse le corps à la limite d’abord, puis le récompense ». Il a maintenant vingt-trois ans.

Il est né à El Vendrell, mais vit à Claverol. Il mentionne ce nom et j’essaie de ne pas paraître trop ignorante, mais il me précise rapidement : c’est un village du Pallars Jussà. Il a déménagé là il y a environ dix ans avec sa famille et vit depuis entre les montagnes. Cette circonstance – et le fait d’être un sportif de haut niveau – l’ont amené à faire non pas une (mais deux !) formations à distance : Communication et Droit. « J’aime étudier », commente-t-il en minimisant l’étonnement. Marc, s’il te plaît. Raconte-moi comment tu fais. « Je trouve du temps sous les pierres. » Quelle humilité. Admiration et envie à parts égales.
J’ai du mal à digérer tant d’excellence, alors j’explore d’autres sujets. « Comment gères-tu mentalement la compétition à l’échelle mondiale ? » Marc rit. « C’est compliqué, parfois. Maintenant tout est en ordre, mais j’ai eu des moments de chaos mental où, sans savoir pourquoi, les choses ne fonctionnaient pas. » Il me raconte qu’il a traversé une période d’instabilité émotionnelle qui a duré quelques années. Le monde de la compétition est exigeant, et si la tête ne suit pas, le corps non plus. Heureusement, « l’aide psychologique, qui est nécessaire, se développe. » Égos, disputes, compétitivité… Cela peut être difficile. C’est pourquoi, conclut-il, « le soutien de la maison est très important. » Je suis d’accord.

Et comment reste-t-il motivé, après tout ce temps, pour continuer à skier avec ce niveau d’engagement ? Une chose est de le faire en activité extrascolaire, comme au début (« l’enfant doit faire quelque chose le week-end »). Eh bien, il semble que ce soit de plusieurs manières : discipline, ambition, compétitivité… et bien sûr la sensation d’être en montagne. « Skier, tant que je le pourrai, fera toujours partie de ma vie. Le simple fait d’être en contact avec la neige, c’est tout. » Eh bien. Moi aussi, je voudrais parler ainsi des réverbères de Barcelone.
La neige me fait penser à deux mots qui peuvent sembler alarmants et apocalyptiques, mais bon, c’est ce que nous vivons : changement climatique. Que ferons-nous, Marc, pour l’avenir du ski ? Cela m’inquiète, mais lui le voit un peu mieux que moi. « C’est un sujet compliqué. » Eh bien oui, ça l’est. « Le ski de montagne tend vers des épreuves plutôt courtes, mais pour l’instant cela ne nous affecte pas. » Bien. Peut-être est-ce là le vrai problème. Souvent, ce n’est que lorsque nous ne pouvons plus vivre comme avant que nous cherchons des solutions pour revenir à ce que nous ne pouvons plus récupérer.
Mais on peut faire tellement de choses pour retarder ce moment… En adoptant de nouvelles habitudes alimentaires, par exemple, plus écologiques et moins sucrées mais aussi plus saines. C’est ce que fait Marc avec les pouches de Salssa : « je les utilise très souvent pour m’entraîner. » Pourquoi ? Parce que « nous nous entraînons plusieurs heures par jour. J’ai des coéquipiers qui ne se nourrissent qu’avec des gels, qui ne sont finalement que du sucre et encore du sucre. Et en plus » – ajoute-t-il –, « ils sont très bons. Tu nous gâtes, mec (et on adore ça).

Marc pense qu’« une alimentation plus ou moins contrôlée est très importante ». Il dit « plus ou moins contrôlée » parce qu’il a du mal à la suivre à 100 %, mais il défend qu’il ressent déjà un impact positif sans tout faire parfaitement. Et cela me semble la meilleure façon de conclure cet article. En tout cas, pour moi, c’est souvent comme ça : soit je fais les choses « bien faites », soit je n’essaie même pas. C’est triste, non ? J’avancerais petit à petit, sans précipitation. Comme lui.